Lundi 1 février 2010

Cet état de l’art a été initialement publié en anglais sur le site de l’Open Knowledge Foundation, le 20 janvier 2010. L’OKFN est une organisation anglaise en pointe sur l’OpenData. Elle est notamment à l’origine du projet WhereDoesMyMoneyGo.org, de l’OpenDefinition pour des standards de données ouvertes et du registre de données participatif CKAN. Ce registre, en cours de traduction dans plusieurs pays européens, est repris par le gouvernement anglais pour l’architecture de son projet data.gov.uk.

La France traîne des pieds…

opendatacampAucun doute possible : pour ce qui est d’ouvrir ses données, la France est largement en retard par rapport à de nombreux pays. Pourtant si fière de son modèle démocratique, la France a longtemps traîné des pieds pour rejoindre le mouvement de l’OpenData. Le premier OpenDataCamp organisé à Paris en décembre dernier illustre bien que les choses peuvent changer.

Alors que les États-Unis et le Royaume-Uni ont énormément avancé au cours des deux dernières années en dévoilant leurs projets data.gov et data.gov.uk, la France et la plupart des pays d’Europe méditerranéenne restent très conservateurs en matière de données publiques. Rattraper le retard demandera un peu plus que du saupoudrage politique. Les institutions ont besoin d’un changement radical dans leur approche de production et de dissémination des données officielles. C’est pourquoi un engagement important de la part des citoyens est nécessaire, afin de mettre en évidence l’importance des attentes, mais également pour soutenir et conseiller les projets existants et en gestation.

Quelques projets très intéressants — et généralement peu connus — ont déjà ouvert la voie. Les Archives HAL recensent et proposent librement les publications scientifiques de la recherche, tandis que l’IREP donne accès aux données concernant la pollution. Mais ce ne sont que quelques fragments de l’immense quantité de données publiques existantes : dans leur grande majorité, les documents et bases de données officiels restent inaccessibles au grand public. Il peut même s’avérer très difficile pour un citoyen de demander l’accès à des documents spécifiques. Bien que la CADA ait été créée en 1978 pour documenter et faciliter les procédures de tels accès, les administrations restent souvent très réticentes à la dissémination ou la réutilisation de leurs données.

Pour des raisons historiques, il est particulièrement difficile pour les autorités françaises de changer leur approche sur la diffusion des données. Pendant très longtemps, la plupart des données proposées l’étaient essentiellement par les Établissement Public à caractère Industriel et Commercial (EPIC). Bien que traitant de données publiques, ces organismes ont pour premier objectif de faire fructifier commercialement les données dont ils disposent. D’autres établissements publics dits « à caractère Administratif » disposent par ailleurs de masses de données dont l’accès reste difficile. Cela inclut par exemple Météo-France ou l’IGN dont les données météorologiques et géographiques pourraient pourtant constituer de fantastiques bases de travail. Ces établissements ayant également une ambition commerciale, accéder librement et gratuitement à ces données peut s’avérer un véritable challenge pour des citoyens. Leur réutilisation par la société civile pourrait pourtant renforcer l’engagement citoyen, les services publics ou la démocratie mais également être un formidable accélérateur d’innovations.

L’ex-Direction des Journaux Officiels (DJO), responsable de toutes les informations législatives, exécutives et juridiques officielles, et aujourd’hui remplacée par la DILA, est un autre bon exemple de cette situation. L’accès électronique à ses données était limité, jusqu’en 2002, à quelques acteurs via un régime de concession à titre onéreux. Concrètement cela signifie que seuls ceux capables de payer une licence, c’est-à-dire essentiellement des compagnies comme Reuters et Lamy, pouvaient utiliser ces données. La situation a changé en 2002 avec la mise en ligne de LégiFrance qui recense publiquement tous ces documents. Malheureusement les fonctionnalités enrichies, comme l’accès aux flux XML des modifications du droit, qui pourraient se montrer extrêmement utiles à des projets comme Simplifions la loi, restent limitées aux utilisateurs prêts à payer des droits.

Quelques avancées de l’État mais un accès peu ouvert

En dépit de cette situation, un virage en direction de l’ouverture a été pris récemment par les autorités. Probablement grâce à l’apparition des différents projets data.gov anglo-saxons, des projets européens ont vu le jour comme la directive européenne INSPIRE en 2007 (dont la transposition française est prévue pour juin 2010) ou l’initiative de la Suède pour promouvoir les projets d’eGouvernement durant sa présidence de l’Europe. Il semble que ces différentes initiatives aient attiré l’attention des autorités françaises et que les choses commencent tranquillement à changer.

La Direction de l’Information Légale et Administrative (DILA) essaie d’initier de nouvelles pratiques de production et de diffusion des données publiques. Dans ce cadre, l’Agence du Patrimoine Immatériel de l’État (APIE) a été installée pour mener une réflexion, coordonner, évaluer et organiser un effort commun des différentes administrations sur leurs données. L’objectif annoncé est la sortie à la mi-2010 d’une plateforme de promotion et de recensement des différentes sources de données publiques et de leurs licences respectives.

Malheureusement, le retard historique des autorités en matière d’ouverture a laissé le champ libre pendant de longues années au secteur privé dans ce domaine. Certaines sociétés ont ainsi largement bénéficié de cette situation en devenant progressivement les intermédiaires incontournables entre les administrations et les utilisateurs des données. Le Groupement Français de l’Industrie de l’Information (GFII) en est un bon exemple : lassé de l’inaction gouvernementale dans ce domaine, ce regroupement professionnel de conseil juridique, parfois assimilé à un lobby, a décidé de prendre en charge la formation des fonctionnaires. Il est ainsi rapidement devenu l’investisseur et l’organisateur officiel des programmes de formation sur les données publiques en lieu et place des autorités. Cet exemple permet de mieux comprendre les décisions actées par la suite par l’APIE concernant l’attribution des licences : plutôt que de maximiser la création de valeur possible par les usages, cet organisme préfère mettre en place des systèmes de vente des données, favorisant ainsi les intermédiaires par rapport aux utilisateurs finaux, qu’il s’agisse de citoyens ou d’entreprises. Cette situation n’est bonne ni pour l’innovation ni pour la production de connaissance.

Des expériences ouvertes initiées par les citoyens

OpenStreetMap.frComme dans de nombreux pays, les premiers pas vers des données ouvertes sont venus du monde de la recherche universitaire et de la communauté des logiciels libres. WikiMedia France et OpenStreetMap.fr sont probablement les projets ouverts les plus connus en France. Des sites web pionniers comme Mon-Depute.fr (site recensant les votes des députés créé par un archiviste) ou droit.org (un projet de l’École des Mines sur les publications légales) ont beaucoup aidé à rendre disponibles les données démocratiques. Nos travaux chez Regards Citoyens sur l’activité parlementaire avec NosDéputés.fr et sur les données électorales avec le redécoupage constituent un nouveau pas vers plus de données ouvertes pour la démocratie et la société civile française.

OpenStreetMap.fr, un site communautaire de cartographie, est un très bon exemple de projet de données ouvertes conduit par des citoyens. Le cadastre, qui dispose d’un site web où sont publiées un certain nombre de cartes, pourrait être une très bonne source d’information pour ces bénévoles. Certains contributeurs d’OpenStreetMap ont réalisé qu’il était techniquement possible d’accéder aux données brutes. Mais cela n’étant pas suffisant pour rendre les données accessibles à tous, la communauté OSM s’est donc penchée sur l’aspect légal. En s’apercevant que les données n’était pas libres, ils ont contacté le ministère des Finances, responsable du service. En Janvier 2009, la réponse est tombée : un import global de l’intégralité de leur base de données est interdit, mais un import partiel est possible. Pour contourner le problème légal, des centaines de bénévoles ont donc commencé une opération de « crowdsourcing » panachant les données du cadastre avec leurs enregistrement GPS. C’est ainsi qu’OpenStreetMap.fr libère aujourd’hui de plus en plus de données publiques pour les rendre réutilisables à tous, citoyens comme entrepreneurs.

Comme nous venons de le voir, la question de l’OpenData n’est pas seulement technologique : il s’agit aussi d’efforts communs afin de sécuriser l’accès aux données sur le plan légal et d’encourager la réutilisation des données par autrui pour tout type d’usage. C’est pourquoi nous avons contribué à l’organisation du premier Open Data Camp français à Paris, au cours duquel plus de 120 personnes ont pu partager et mettre en commun leurs expériences. Nous y avons appris beaucoup, que ce soit sur l’existant, les techniques de visualisation de données ou les possibles projets de diffusion. Ce fut également l’occasion d’échanges constructifs entre « hacktivistes » au sujet des bienfaits de l’ouverture des données aux plans politique, économique et administratif.

Le succès de cette manifestation démontre que la France est prête et a déjà fait son entrée dans le monde des données ouvertes. Regards Citoyens suivra ces changements et essaiera de contribuer modestement au mouvement global de l’OpenData en travaillant avec les organisations comme l’Open Knowledge Foundation. Avec les autres organisateurs du Camp, nous sommes convaincus que rendre les données publiques accessibles et réutilisables apportera de grands bénéfices à l’innovation commerciale, aux organisations démocratiques ainsi qu’à la société civile.

Mise-à-jour le 16/02/10 : Suite aux remarques de M. Chaumet, nous nous excusons de notre imprécision relative à la distinction EPIC/EPA et avons complété le paragraphe correspondant en conséquence (passages en italique).


Mardi 22 décembre 2009
tableau
Le programme du camp

L’OpenDataCamp de Paris organisé à la Cantine le 12 décembre a réuni plus de 120 personnes. Cette journée a été l’occasion d’échanges construits et nourris entre de nombreux acteurs de la donnée publique venus de tous les horizons : recherche, industrie, milieu associatif, journalisme, militants politiques, parents d’élèves, étudiants ou tout simplement des citoyens intéressés.

Sur le site du BarCamp, une page centralise les différentes restitutions : les résumés des séances par leurs rapporteurs, des extraits vidéos, des compte-rendus des blogs ou même un concentré des meilleurs gazouillis de la journée. Nous proposons pour notre part les compte-rendus de deux sessions que nous avons animées : sur la représentation visuelle des données d’une part et sur la militance de données d’autre part.

gapminder-synthese

En ce qui concerne nos travaux, l’atelier visualisation nous a avant tout permis de réaliser toute l’importance de rendre nos données encore plus facilement accessibles par l’intermédiaire d’une API. Cela permettrait ainsi à tout un chacun de manipuler nos données pour en produire de nouvelles représentations plus expertes que les notres. Suite au camp, Alexis Monville a repris sous la forme d’un Gapminder les données de la page Synthèse de NosDéputés, permettant ainsi de visualiser la répartition des députés suivant jusque quatre critères différents (exemple ci-contre). On pourrait par exemple très bien imaginer de la même façon que des gens réutilisent notre carte des circonscriptions pour représenter les critères d’activité parlementaire géographiquement sur la France.

L’autre point essentiel à retirer de ce camp pour NosDéputés.fr est le constat de complexité au premier abord de nos graphes d’activité des députés. Pour améliorer cela nous allons dans un premier temps tenter de proposer pour chaque semaine représentée l’activité correspondante sous la forme d’une sorte d’agenda parlementaire. Des représentations plus synthétiques de l’activité d’un député sur une session parlementaire relativement à la moyenne de tous les députés pourraient également être envisagées…

Coté données publiques, rendre plus visible les données à vocation publique en s’inspirant d’initiatives comme CKAN en Angleterre nous semble un angle d’action important. Les rendre téléchargeables et accessibles (c’est à dire lisibles par les humains comme les machines) est un défi majeur à relever pour faire émerger des applications innovantes et utiles. C’était dans cet esprit que nous avions organisé un « Lâcher de données » quelques heures avant le Camp.

Il a également été très agréable de voir émerger une volonté de mutualiser les efforts pour rendre accessibles les données. C’est notamment ce que nous avons remarqué lorsque nous avons évoqué notre initiative sur le redécoupage électoral : géolocaliser les données des élections semble clairement intéresser de nombreux acteurs, ce qui permettrait probablement de faciliter grandement à l’avenir le travail de fourmi que nous avons mené sur une trentaine de villes ou préfectures. Cette mutualisation des données nous apparaît comme une étape essentielle, et nous espérons qu’elle permettra l’avènement de nouveaux usages politiques et citoyens.

Si vous avez participé à l’OpenDataCamp de Paris, n’hésitez pas à compléter la page dédiée aux restitutions ou à commenter ce billet pour nous faire part de vos liens et refléxions.


Mardi 22 décembre 2009

L’atelier « militance de données » a permis de réunir de nombreux acteurs qui utilisent les données publiques pour promouvoir leurs idées et donner plus rendre les militants plus persuasifs.

La plateforme Candidats.fr de l’April représente sans doute l’initiative la plus avancée en la matière : depuis les présidentielles de 2007 et pour toutes les élections qui ont eu lieu depuis, elle permet de fédérer les efforts pour qu’un maximum de candidats aux élections s’engage en faveur du Logiciel Libre. Les militants répartis dans toute la France collectent les contacts des candidats, les prises de contact avec ceux-ci et les signatures du Pacte du Logiciel Libre.

Techniquement, la plateforme est divisée en deux : un CMS (dotclear) et une application développée par l’April de mutualisation de contact. C’est un logiciel libre téléchargeable sur la plateforme GNA qui a été développé par un adhérent de l’April assisté de deux contributeurs. Environ 700 militants l’utilisent durant les élections et la plateforme a été récemment déployée en Belgique.

Le projet ElecteurPlus.org du site Appel pour le Revenu de vie s’inspire indirectement de Candidats.fr en proposant un outil d’interpellation militante sur le sujet du revenu de vie. Des partages de données entre ces sphères militantes sont tout à fait souhaitables.

C’est d’ailleurs ce qu’à fait l’April lors des élections européennes en montant une opération avec une dizaine d’organisations de promotion du Logiciel Libre. Les associations européennes se sont regroupées pour proposer le FreeSoftwarePact.eu et ainsi offrir une vitrine aux différents projets d’interpellation des candidats. Pour ce projet, des greffons d’interconnexion des bases « Candidats.fr » ont été développés afin de pouvoir échanger les données sur les signataires.

Ces plateformes gérent à la fois des données publiques (les candidats aux élections, la géographie politique française) et des données personnelles (contact des candidats, coordonnées des militants, …). De ce fait, la publication des données et leur partage n’est pas un élément trivial. Ainsi, pour les européennes, il a été choisi que seules les informations publiques sur les candidats et les signataires pouvaient étre partagées.

Dans un autre registre, le projet Mémoire Politique, débuté en 2006 par La Quadrature du Net référence les votes et les interventions des parlementaires sur les questions du numérique en général et tout particulièrement sur les projets français HADOPI et DADVSI et sur le Paquet Télécom européen. Il permet donc d’historiser les prises de positions des élus et de les classer en fonction de leur appétence aux problèmes liés aux libertés numériques.

En synthétisant toutes ces données et en les recoupant avec les informations permettant de contacter les élus des parlements français et européens, cet outil permet de faciliter la prise de contact entre les militants et les élus et donc d’organiser de manière décentralisée l’interpellation des élus par les citoyens.

La plateforme est basée sur MédiaWiki et l’insertion des données combine d’un coté des scripts automatiques PERL et de l’autre une intervention humaine bénévole de militants de La Quadrature du Net. La fraîcheur des données publiées en fait un outil de référence dans la communauté des libertés numériques mais également au sein des parlements : un certain nombre d’assistants utilisent au quotidien l’annuaire proposé, celui-ci étant souvent plus complet et pratique que les versions professionnelles.

ProPublica est une ONG favorisant le journalisme d’investigation aux Etats-Unis. A partir du travail de centaines de bénévoles qui suivent les projets financés par le plan de relance, l’organisation liste les entreprises, leur degré de moralité, leur avancement ou les lobbyistes qu’elles emploient.

C’est ce même type d’utilisation du crowd-sourcing que cherche à faire Bug Brother en référençant toutes les caméras de vidéo-surveillance en France. A l’heure actuelle, il est impossible de savoir où se trouvent les caméras alors que la loi l’impose. Une Google Map spécifique a donc été créée pour les recenser et pour référencer les villes et les départements ainsi équipés, permettant de suivre en temps réel l’état d’avancement du projet.


La première version
de la carte de vidéo-surveillance

La publication de ce projet a suscité près de 200 réponses dont une petite centaine jugées qualifiées. Les données sont partagées dans un document de type tableur, mais leur positionnement sur une carte pose des problèmes techniques. Cette association entre journalisme (l’initiateur du projet est le journaliste Jean-Marc Manach), militance citoyenne et technicité est un élement central de ce type de projet. Ces trois sphères s’alimentent et ont intérêt à travailler ensemble. C’est sans doute un facteur important pour des projets de « data-journalisme » à l’image du projet sur le cumul des mandats de députés réalisé par LePost.fr et Jean-Marc).

La Netscouade, habituée à travailler avec les partis politiques, a une expérience plus classique de l’organisation militante. Ils ont par exemple travaillé sur le projet de DémoCarte, outil de consultation publique. Par l’intermédaire d’outils sur une carte, cette application web a permis de dynamiser la camapgne du PS lors des municipales en offrant aux habitants de Marseille la possibilité de signaler les problèmes à régler dans leur ville, qu’il s’agisse de simple soucis urbains ou de problèmes plus graves.

Les données électorales sont un thème que vont investir les partis. Elles permettent d’avoir une vision de la sociologie électorale fine et donc d’orienter le travail militant vers des zones où l’électorat est plus volatile ou l’abstention plus forte. Aux États-unis, cette utilisation des données publiques à des fins électorales et leur qualification par des militants bénévoles est assez neuve et soulève des interrogations. La société qui est intervenue pour aider le parti démocrate durant l’élection présidentielle, a depuis été accusée de privatiser ces données par des militants qui estimaient qu’elles leur appartenaient.

L’atelier s’est enfin terminé avec un retour d’expérience lié à l’éducation. Le rectorat de Paris à décider d’utiliser un logiciel dénommé AFELNET pour affecter les élèves dans les lycées parisiens, entraînant des erreurs pour 2 500 élèves qui se sont retrouvés sans lycée à la rentrée, alors qu’ils avaient entre 13 et 16 de moyenne générale. Les parents d’élèves n’arrivant pas à obtenir d’informations claires sur ce dysfonctionnement se sont saisis eux-mêmes de la question.

Ils se sont donc organisés autour du site ParentsEnColère.net pour obtenir une réaction du ministre. Le logiciel, comme une boite noire, joue le rôle de rempart entre les parents d’élèves qui souhaitaient comprendre le mode d’attribution et l’administration. Devant son refus de dévoiler les secrets du logiciel, ils ont décidé de l’étudier en crowd-sourcingen demandant aux parents d’élèves de partager le dossier de leurs enfants. Malheureusement du fait de la réutilisation de données nominatives et personnelles, les familles se sont peu mobilisées, et avec seulement 80 réponses le résultat n’a pu être suffisant. Cet exemple montre bien qu’à la frontière de la problématique des données, se pose le problème des logiciels qui les utilisent. Plus ils seront ouverts, plus le traitement qu’ils produiront seront reconnus socialement.


Lundi 21 décembre 2009

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Partie de l’exemple des représentations des circonscriptions et de l’activité des députés sur notre site, la discussion a évoqué les différents enjeux de la repésentation de données au travers de nombreux exemples.

La question de la source, de la validité et de la disponibilité de la donnée brute est d’abord apparue comme essentielle. Même les données brutes présentent toujours une part de subjectivité. Un travail rigoureux est donc indispensable à la préparation de ces données dès lors qu’elles vont donner lieu à une représentation visuelle. Cela est d’autant plus important lorsque l’on a à sa disposition un volume important de données très diverses. Il existe des rêgles scientifiques de la visualisation (et des livres très précis sur le sujet existent) et c’est un travail de statisticien que de mettre vraiment en valeur les données réutilisables et de quelle façon afin d’éviter toute perte de neutralité due à la représentation.

C’est pour cela qu’il apparaît très important de proposer des schémas simples. Afin d’assurer un maximum de lisibilité pour le grand public et ainsi éviter toute mauvaise interprétation, il faudra éviter de présenter une multitude de données comparées mais préférer se concentrer sur quelques données bien choisies, tout en donnant accès aux autres sur d’autres représentations. La gamme de couleurs choisie peut également jouer un rôle majeur dès lors qu’une forme d’évaluation est proposée. Un exercice simple est conseillé pour évaluer la qualité d’une représentation : le faire circuler parmi un échantillon de personnes aussi diverses que possible et leur demander d’exprimer clairement ce qu’ils comprennent et observent.

Les données brutes doivent de toute façon être au maximum possible disponibles afin de soumettre à l’attestation de chacun leur validité. Et pour plus de transparence et d’interactivité avec le lecteur/utilisateur, il convient de ne pas concevoir une représentation comme une voie sans issue mais au contraire comme une passerelle vers l’information complète ou vers d’autres formes de visualisation. Une telle interactivité offre par ailleurs à l’utilisateur la dimension d’empowerment qui permettrait de susciter de nouveaux usages et de proposer de donner naissance à de nouvelles formes de visualisation.

Un accès plus « fun » aux données permettrait de stimuler des expériences et d’initier un mouvement. La récupération des données est avant tout un travail d’ingénieur, le choix des données celui d’un sociologue ou d’un politologue et leur représentation celui d’un graphiste. Pour voir émerger le travail de spécialistes de la visualisation il convient de proposer en plus de ses propres représentations simples et lisibles un accès simplifié aux données idéalement sous la forme d’API mais aussi avec des dumps bruts de bases de données ou bien des tableurs.

manyeyes

Des outils comme Manyeyes (qu’illustre bien l’exemple ci-dessus de la représentation des recettes de l’Etat en treemap présentée lors de la discussion) ou Gapminder (qui offre des possibilités de suivi dans le temps comme par exemple sur les données de l’OMS ci-dessous, qui auraient permis de mettre en évidence des erreurs de traitement de la part de l’institution) permettent ainsi ensuite de réutiliser les données brutes dans des interfaces conçues pour et manipulables facilement par les visiteurs.

gapminder

D’autres exemples en vrac évoqués durant la session :


Samedi 12 décembre 2009

L’OpenDataCamp de ce samedi est l’occasion de démontrer les possibilités et les intérêts pour la société de rendre accessibles les données publiques. Disposer de telles données est en effet la première brique indispensable à la construction d’applications innovantes pour la société. C’est en démontrant par l’exemple les possibilités offertes par cette mise à disposition que l’on pourra avancer dans la direction d’une « directive pour l’ouverture gouvernementale » (PDF) à la française.

Il existe d’ores et déjà un certain nombre de données publiques accessibles relativement simplement en France. Avec NosDéputés.fr nous avons par exemple simplement réutilisé les contenus législatifs diffusés librement sur les sites de l’Assemblée nationale et du Journal Officiel. De la même façon, nous proposons aujourd’hui à partir des ressources de l’INSEE, des Ministères de l’Intérieur et de l’Economie ou même de la société civile (ici, ça ou ), un jeu expérimental de données agrégées pour l’ensemble des communes de France métropolitaine. Composé d’informations aussi variées que le nombre d’habitants, la superficie, le code postal, les coordonnées géographiques, les résultats à l’élection présidentielle de 2007, le salaire moyen ou encore les informations relatives au paiement de l’impôt sur la fortune en 2008, ces données ont été agrégées et nous vous les proposons à la fois au téléchargement et en ligne sur une base de données documentaire via l’interface CouchDB.

Par expérience, les bases de données relationnelles sont généralement peu performantes dans le traitement de ce type de données simples. Les bases de données documentaires, bien qu’encore peu utilisées, sont plus adaptées, et proposent des offres très variées. Perfectible, le logiciel libre CouchDB présente l’avantage pour notre cas d’être utilisable par les humains au travers d’une application web, tout comme par les machines en utilisant l’un des formats les plus flexibles et lisibles, le JSON. Cerise sur le gâteau, CouchDB permet très facilement la réplication des données. Il est donc très facile de les partager et de les distribuer !

Concrètement, l’interface humaine est disponible depuis cette url. Pour le dialogue avec la machine, nos identifiants étant les codes INSEE des différentes communes française, il suffit de fournir le code d’une ville pour récupérer les données associées :

Le code INSEE de Rennes est 35238, les données de notre base expérimentale donnees_publiques sont donc accessibles depuis l’url :

http://www.regardscitoyens.org:5984/donnees_publiques/35238 (version humaine)

Si vous souhaitez connaître tous les identifiants des communes du Rhône (69), la requête suivante vous permettra d’y accéder en recherchant les codes 69000 à 69999 :

http://www.regardscitoyens.org:5984/donnees_publiques/_all_docs?startkey="69000"&endkey="69999"

Enfin un mécanisme vraiment intéressant permet de créer des vues et de réduire les données associées le tout décrit dans un language assez courant sur Internet, le javascript.

Notre jeu de données n’est sans doute pas parfait et la solution technique que nous avons choisie peut-être pas idéale. Nous espérons pour autant qu’elle vous inspirera et vous donnera de nouvelles idées. N’hésitez donc pas à commenter ce billet pour nous apporter des retours et des suggestions afin de partager nos expériences !


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